A propos de « Rien ne s’oppose à la nuit » (Delphine De Vigan)

J’ai écouté hier les podcasts de l’émission Bookmakers « Les écrivains au travail » consacrés à l’écrivaine Delphine de Vigan. Dans l’épisode 2, il est question de son roman Rien ne s’oppose à la nuit, ce roman-portrait sur « l’origine de la souffrance » de sa mère bipolaire, écrit après le suicide de cette dernière.

Comment s’autoriser soi-même à écrire puis à rendre public des secrets familiaux ? Comment « rapiécer les trous » de la mémoire ? Où se situe la frontière entre la vérité et la fiction ? Est-ce un soulagement d’écrire tout ça, vraiment ? sont les questions posées à Delphine de Vigan.

Elle raconte comment elle a longtemps hésité avant d’écrire ce livre : « Je tournais entre la nécessité et le refus d’écrire ce livre ». Elle fait le parallèle avec la peinture de Soulages, du noir faire surgir la lumière.

Voici ce qu’elle dit à propos de la vérité…

« Peut-être qu’à un moment j’ai eu l’ambition, le fantasme d’atteindre LA vérité à travers ce texte, à travers ce geste de l’écriture, comprendre mieux qui était ma mère, son geste. En cours de route, je me suis dit non tu n’en sauras pas plus. Peut-être que je me suis réconciliée moi-même avec un certain nombre de souvenirs et avec une certaine vision de ma mère mais je ne crois pas avoir saisi une quelconque vérité. De tous les livres que j’ai écrit, c’est celui que je connais le moins.

du rapport personne/personnage…

Je pensais alors écrire un livre à la troisième personne, au passé, et qui engloberait la vie de ma mère, à partir de laquelle j’avais conscience de fabriquer un personnage, de ses 7 ans à sa mort. Je pensais m’en tirer comme ça avec un roman qui mêlerait histoire familiale et grande histoire.

et du rapport réel/fiction…

J’ai avancé dans la rédaction du livre jusqu’au moment où je raconte le drame originel de ma mère. Là je me suis arrêtée dans l’écriture. Je ne pouvais plus ignorer que j’avais fait le choix d’une version en comblant des blancs. Ecrire est forcément une fiction. Tout d’un coup je me suis trouvée arrêtée parce que tout d’un coup j’ai pris conscience à quel point cette entreprise de vérité était vaine. J’ai pris conscience que écrire c’était forcément reconstruire. »

Mémoire de fille

Quelle croyance, sinon celle que la mémoire est une forme de connaissance? Et quel désir – qui dépasse celui de comprendre- dans cet acharnement à trouver, parmi les milliers de noms, de verbes et d’adjectifs, ceux qui donneront la certitude -l’illusion- d’avoir atteint le plus haut degré de réalité?

Mais à quoi bon écrire si ce n’est pour désenfouir des choses, même une seule, irréductible à des explications de toutes sortes, psychologiques, sociologiques, une chose qui ne soit pas le résultat d’une idée préconçue ni d’une démonstration mais du récit, une chose sortant des replis étalés du récit et qui puisse aider à comprendre – à supporter – ce qui arrive et ce qu’on fait.

Annie Ernaux