Littératurer (1)

J’écris puis je rature,

Je sculpte ma phrase,

Je transforme,

J’enlève, j’élague,

J’ajoute, je surcharge,

Je déplace,  je remplace.

Je reviens sur mes pas, sur mes mots,

Je brise mon élan,

Je perds mon chemin,

Je bifurque,

Je biffe,

Pas le temps de souffler.

Tout est à refaire, à reconstruire,

Inlassablement,

Ephémères châteaux de sable,

Engloutis par le ressac.

« La littérature c’est la rature », (2)

Merci Roland,

(Cela fait-il de moi un écrivain ?)

Assez de repentirs !

Il va falloir choisir,

Accepter l’irréversible,

S’affranchir de la « persistante incertitude », (3)

Laisser s’écouler la phrase jusqu’à son lit.

Je bute, je trébuche, sur mes gribouillis,

Scories, copeaux de mots,

Alors je recopie,

Et là une minuscule rature, patte de mouche,

Timide, discrète, s’invite.

Notes

(1) « Eh bien, dit Étienne avec bienveillance, faut supprimer cet épisode, le raturer — Le littératurer, ajouta Saturnin.» Le chiendent, Raymond Queneau

(2) Roland Barthes

(3) Michel Leiris à propos de Fourbis dans le prière d’insérer.

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